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Voyage en Harley : L’Afrique autrement

Depuis une quinzaine d’années, le journaliste moto Erick Courly fait découvrir aux passionnés de voyages à moto l’Afrique du Sud qu’il aime tant. Un trip au bout du monde sans décalage horaire, à vivre au guidon d’une Harley comme une virée entre AMIS. Grâce à l’accueil chaleureux de la population, aux paysages fabuleux, retrouver le goût de la liberté, du sourire partagé et des rapports humains. Comme Erick…

Avant de nous parler de ton amour pour l’Afrique du Sud et des voyages à moto que tu organises, peux-tu raconter ton parcours moto ?
J’ai commencé la coupe Kawasaki en 1975, à l’âge de seize ans. J’ai gagné des courses et j’ai été repéré par Patrick Pons, le pilote de référence à l’époque. J’ai couru pour lui et j’ai été champion de France au bout de deux ans et demi. Puis j’ai roulé en Endurance chez Japauto qui était l’équipe Honda officielle. Mais lors des 24 h de Barcelone, en Espagne, j’ai eu un gros accident qui a mis fin à ma carrière de pilote puisque j’ai passé deux ans en centre de rééducation. J’avais 22 ans. Quand j’ai refait surface, un copain qui montait un magazine qui s’appelait Moto 1 m’a proposé de bosser pour lui. Je suis devenu journaliste par hasard. A l’époque, la chaîne de télé la cinq proposait la première émission de télé auto-moto. Puis peu de temps après, je suis passé sur Turbo sur M6, pendant 15 ans. J’ai écrit en même temps une vingtaine de livres sur la moto, ainsi que des bandes dessinées. J’étais également rédacteur en chef des Hors-Séries VSD Moto qui était le magazine de référence à l’époque.

Je crois que tu as bien connu Coluche…
Au début des années 1980, j’ai eu la chance de rencontrer Coluche en lui proposant une interview pour moto 1. Il a été surpris car c’était la première fois qu’un journaliste lui proposait une interview pour parler de moto. Il a accepté et on est devenu très pote. Il voulait faire quelque chose dans la moto. Je lui ai dit un jour : « il y a des records à battre dans la moto ». On est allé deux fois de suite sur l’anneau de Nardo, en Italie, pour battre des records de vitesse, en 1985 et 1986. Et il a eu son accident en juin 1986. J’ai continué à Turbo, puis à VSD. J’avais une rubrique sport et loisirs, dans Newlook… Tout ça m’occupait bien. Avec Christian Sarron, on a commenté pendant six ans les Grands Prix moto sur M6. J’étais toujours parti. Au bout d’un moment, j’en ai eu assez. C’était trop. Je me suis dit que si je restais en France, ça ne changerait pas radicalement ma façon de vivre. Le seul moyen, c’était de partir loin.

Pourquoi as-tu choisi de t’installer en Afrique du Sud ?
Je ne voulais pas de décalage horaire avec la France pour faciliter les contacts professionnels. Aujourd’hui encore, si je dois voyager, je prends l’avion le soir et j’arrive le matin : il y a un aspect pratique qui a fait que l’Afrique du Sud s’est imposée naturellement. Quand je suis arrivé ici, j’ai découvert un terrain de jeu fabuleux, un concentré de tout ce que j’avais vu un peu partout dans le monde. L’Afrique du Sud offre une diversité incroyable de paysages. Je me suis dit que ça ne serait pas idiot de partager cette chance. J’ai monté une société de production qui travaille pour les constructeurs automobiles et motos. Le fait qu’on soit dans l’hémisphère sud et donc en saison inversée offre un plus incroyable : quand c’est l’hiver en Europe, c’est l’été ici. Et il dure dix mois. À force de me balader pour les constructeurs, de trouver des beaux endroits pour les tournages, de belles routes, j’ai voulu partager cette richesse avec plus de personnes. Par l’intermédiaire de Harley Davidson, j’ai alors rencontré l’équipe de West Forever qui cherchait à organiser des raids ici. Et ça fait bientôt quinze ans que ça dure…

Tu proposes plusieurs parcours au choix ?
Oui, on propose des voyages au départ du Cap ou de Johannesburg, parce que ce sont deux régions très différentes. Il y a le nord, au départ de Johannesburg, qui est l’Afrique telle qu’on se l’imagine : c’est l’Afrique des safaris. On va dans les trois plus grands parcs nationaux faire des safaris en 4×4, car à moto c’est interdit. Ce voyage s’appelle « Big Five ». On propose un autre itinéraire au Sud, au départ du Cap, baptisé « Rainbow Ride » qui est un mélange de tous les pays où tu as pu aller faire de la moto. Et il y a le « Grand Trek Sud-Africain » qu’on organise seulement tous les deux ans. C’est un parcours qui relie Le Cap à Johannesburg. On traverse toute l’Afrique du Sud. Le nord et le sud, ce sont des boucles qui durent deux semaines : tu pars et arrives au même endroit. Le Grand Trek, tu prends ta moto au Cap et tu la laisses à Johannesburg trois semaines et 5000 km plus tard.

Les voyages se font avec des Harley-Davidson. Sont-elles adaptées à l’Afrique du Sud ?
Tout à fait, car on a la chance d’avoir une qualité d’infrastructure exceptionnelle et tu te rends compte, que les motards qui voyagent le plus sont ceux en BMW et en Harley. 70% de nos clients possèdent leur Harley perso. Ce sont des gros rouleurs. Quand tu roules en Harley au quotidien, chez toi, tu rêves d’aller rouler ailleurs en Harley. Aujourd’hui, West Forever est devenu le plus gros voyagiste Harley français : les Harley sont fiables et confortables. Et comme 90% des participants viennent en couple, ça leur convient parfaitement. Beaucoup prennent des Electra Glide, ce sont de véritables berlines ! On roule 300 km en moyenne par jour. Le but n’est pas de faire 10 heures de moto et d’aller se coucher. Il y a de choses à voir sur la route. On prend le temps de visiter, de déjeuner… J’ai organisé ces tours comme j’avais envie de les vivre avec mes potes. Le matin, tu déposes ton sac au camion et après tu vas faire ta vie sur la moto. Il n’y a pas de roadbook, juste un briefing durant lequel on explique les étapes, qui sont assez simples. Ce n’est pas un Dakar. On donne des points de rendez-vous pour un café ensemble. L’ambiance de convivialité est primordiale. À chaque arrêt, je suis présent pour m’occuper des participants et raconter l’Afrique du Sud.

Pourquoi les participants choisissent-ils de venir rouler en Afrique du Sud ?
Beaucoup de personnes ont déjà fait les Etats Unis avec West Forever et veulent continuer avec nous car ils ont confiance et apprécient l’ambiance. Du coup, ils partent en Afrique du Sud ou en Australie… Ce sont des voyages chers, longs, mais les gens en redemandent. Les Etats Unis en Harley, c’est un rêve dans lequel tu as déjà les images. Mais quand tu débarques en Afrique du Sud, tu ne sais absolument pas où tu mets les pieds, quelle Afrique tu vas trouver. C’est un pays où 90% de la population est noire, mais avec une infrastructure à l’Européenne. Et ça déstabilise souvent les participants, parce qu’ils s’attendaient à ce que les routes soient des pistes, à ce que les lions traversent la route… Mais non, on est dans un environnement très structuré. Ça les surprend. Et

tout ça dans des décors, qui sont incroyables de beauté. Le truc étonnant, c’est que ceux qui sont venus faire le tour nord, reviennent faire le sud, et inversement : 80% des gens récidivent. Et au bout de deux fois, ils viennent faire le Grand Trek. En Afrique du Sud, les distances et les diversités de paysages sont bluffants. En une journée tu peux avoir traversé l’Europe. Un coup tu es en Suisse, juste après tu traverses la Corse et 50 bornes plus loin tu passes dans le désert de l’Arizona ; puis tu vas enchaîner avec la Patagonie. Et ça, je l’ai vécu dans très peu d’endroits. On a en plus ici, et ce que l’on ne trouve pas forcément aux USA, et qui compte beaucoup pour nos participants, une excellente qualité de nourriture et d’hébergement. On va dans des bons restos, on fait la route des vins. C’est le 8e pays au monde producteur de vins. Nos voyages offrent une qualité de tour qui ne repose pas seulement sur le fait de faire de la moto. Et puis, ils découvrent un accueil incroyablement chaleureux. Les Sud-Africains sont fiers de leur pays. Ils veulent partager cette fierté avec toi et tu es donc forcément bien accueilli. Qui plus est à moto. Tiens, par exemple, les mecs sur leur Electra Glide mettent souvent de la musique. Et aux stations-services, il n’est pas rare de voir les pompistes se mettre à danser. C’est un vrai bonheur car il y a une telle simplicité dans les rapports humains, une telle joie de vivre. La moto, attire la sympathie. Ce n’est pas comme 50 personnes qui descendent du car, qui font une photo et se cassent. Pour les gens, la moto reste un objet à risque. Il y a toujours une sorte d’admiration quand tu arrives dans un village, de petite lueur dans les yeux des gens. A moto, tu es un voyageur.

Comment expliques-tu cette fierté et cette joie de vivre des sud-africains ?
C’est un pays qui a eu une histoire difficile, avec l’apartheid. Ils ont réussi à s’en sortir, grâce, à Mandela, notamment, sans que le pays ne soit à feu et à sang, sans qu’une dictature ne s’installe. Ce pays est vraiment différent du reste de l’Afrique. Je ne suis pas en train de décrire l’Afrique du Sud comme étant le plus beau pays du monde, mais en tout cas, aucun des participants ne s’est jamais senti agressé. Ils sont surpris car ils viennent parfois avec des clichés un peu négatifs et ils repartent sous le charme. Bien sûr, on ne va pas se pavaner sur nos Harley dans les township.   C’est comme partout, si tu respectes certaines règles, ça se passe bien. Et les gens sont bluffés de l’accueil. Ils retrouvent un truc tout bête qu’on oublie trop souvent en Europe : le fait de sourire. Ce que tu retrouves en Afrique du Sud, c’est une vraie gentillesse, pas une gentillesse niaise. C’est juste parce que le sourire, ici, ça fait partie de la vie de tous les jours. On parle de rapports humains simples. Chacun vit dans son monde, mais faire en sorte, par un sourire, qu’au moment où ces deux mondes se croisent, il y ait une petite étincelle humaine, je trouve ça incroyablement agréable. Si les gens pouvaient comprendre l’importance que peut avoir un simple sourire, ou un petit mot attentionné, genre « bonne journée », « comment ça va »… Juste un tout petit moment de rien mais qui change tout. C’est difficile à expliquer mais à vivre c’est précieux. Et c’est ce que retiennent les participants quand ils viennent ici.

Y a-t-il un autre aspect de l’Afrique du Sud dont tu voudrais nous parler ?
Oui, il y a aussi cette notion de liberté, liée à l’espace et à la moto. Le pays fait deux fois la France pour cinquante millions de personnes, qui vivent principalement dans deux ou trois grandes villes. On traverse des espaces infinis sans rien, sans maison ni voiture. On essaie de prendre des petites routes, en parfait état mais avec très peu de circulation. Cette notion d’espace, on ne l’a pas en Europe, ou sur de très courts moments. Ici, tu renoues avec ce sentiment qui est très lié à la moto, et auquel je suis sensible : le fait de se réapproprier l’environnement. C’est une des raisons pour lesquelles rouler à moto est si fort. Cette diversité de paysages, le profil des routes, la cuisine de qualité, l’art de vivre, l’accueil et la gentillesse des sud-africains. Tout ça compte beaucoup pour nos participants qui ont à cœur de se faire plaisir tout en gardant leurs racines liées à la moto. C’est pour toutes ces raisons que je n’ai pas envie de rentrer, mais que je vous invite à venir découvrir l’Afrique du Sud en notre compagnie.

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